Par Amory Virginie, Chalot Alexandra, Hannard Loïc, Mouhito Leonardo, Pirson Eloïse
Présentation de l’auteur : Brendan Coolsaet
Brendan Coolsaet est un chercheur qualifié au Fond Belge pour la Recherche Scientifique (FNRS) et un professeur-chercheur à l’Université Catholique de Louvain. Son profil est défini par le FNRS comme un profil interdisciplinaire, par son éducation des sciences naturelles, avec un master en Sciences de l’environnement, et sociales, avec un doctorat orienté philosophie, politique et sciences sociales (Barbier, 2022).
Avant cela, il a été maitre de conférences en politique de l’environnement à l’université de Lille durant 5 ans, et chercheur associé au Global Environmental justice research group à l’Université de East Anglia au Royaume-Uni. Ses recherches se sont notamment penchées sur les questions d’inégalité et de justice environnementale. En 2011, il a rédigé un article intitulé « Vers un partage équitable des avantages de la richesse génétique au niveau mondial ? » mettant en évidence des négociations plus inclusives durant la Conférence de Nagoya. Il a aussi co-écrit en 2018, avec Lina Alvarez, l’article « Decolonizing Environmental Justice Studies : a latin american perspective », où ils exposent les problèmes qui surviennent lorsqu’on applique des concepts de justice occidentaux à des pays du Sud.
Brendan Coolsaet a sorti, en 2020, son premier ouvrage collectif « Environmental Justice : key issue, faisant un tour d’horizon de la justice environnementale actuelle ». Il s’est aussi intéressé à la justice et à l’équité au sein de la gouvernance transformative de la biodiversité. L’article « Rethinking and upholding justice and equity in transformative biodiversity governance », co-écrit par Brendan Coolsaet, s’inscrit dans cette recherche.
A l’avenir, l’auteur pense, à créer une équipe de chercheurs et de praticiens du domaine de la Justice Environnementale qui s’inscrit dans une démarche de recherche-action. Cette initiative permettrait de faire des ponts entre les différentes politiques et les sciences (Barbier, 2022).
Résumé de l’article
L’article présenté par Brendan Coolsaet et co-écrit par Jonathan Pickering, Neil Dawson, Kimberly Marion Suiseeya, Cristina y.a. Inoue et Michelle Lim est un chapitre issu de la « revue » : « Justice And Equity In Biodiversity Gouvernance ». L’article s’intéresse à la place de la justice et de l’équité dans la gouvernance transformatrice de la biodiversité. Les auteurs partent du constat que les sociétés les plus inégales sur le plan socio-économique ont tendance à avoir un taux plus élevé de perte de biodiversité. L’injustice et les menaces pesant sur la biodiversité seraient étroitement liées. De ce fait, en réduisant les conditions d’injustice, on parviendrait à obtenir une gouvernance écologique durable et vice-versa. Cependant, afin de mettre en place une gouvernance transformatrice de la biodiversité, il faut reconnaître la complexité socio-écologique, réussir à exposer correctement les conditions d’injustice existantes et potentielles ainsi que de saisir correctement des opportunités afin de les surmonter. L’article va tenter de répondre à la question suivante : « Comment les principes de justice et d’équité doivent-ils être interprétés et défendus dans le cadre des efforts visant à mettre en place une gouvernance transformatrice de la biodiversité ? ». Les auteurs ont évalué de manière critique la littérature théorique et empirique existante, principalement entre les années 2010-2020, concernant la justice et l’équité dans la gouvernance de la biodiversité et environnementale. Leurs recherches qui sont complémentées par des documents de la CDB et CCNUCC, se concentrent principalement sur la gouvernance à l’échelle mondiale, mais des questions au niveau local et national se posent .
Pour commencer, les auteurs considèrent la justice et l’équité comme élément essentiel pour former et aboutir à une gouvernance transformatrice de la biodiversité et ils vont utiliser le terme « justice » comme raccourci pour décrire les termes « Justice et Équité ». L’idée d’une gouvernance inclusive des différents groupes sociaux, de leurs connaissances, et d’une gouvernance intégrative entre les secteurs, les institutions et les objectifs, est un point d’entrée très important pour une gouvernance juste. Dans cette optique, les auteurs donnent en deux paragraphes un ensemble de théories, de normes de justice et d’équité, et des exemples à prendre compte pour repenser la justice et l’équité dans un contexte de «transformation juste ». Entre autres, les auteurs démontrent que l’équité et la justice sont primordiales dans la gouvernance de la biodiversité et cela pour deux raisons : elle est d’une importance morale intrinsèque et l’injustice est un moteur indirect de la perte de biodiversité. Tout au long du chapitre, trois formes de justice sont reprises: distributive, procédurale et de reconnaissance, celles-ci sont centrales dans les processus de la justice environnementale.
Ensuite, les auteurs explorent en profondeur trois questions clés de justice et d’équité. La première concerne la structure des processus décisionnels, et parallèlement, les rôles des peuples autochtones et des communautés locales. Pour les auteurs, une réorganisation des processus doit être faite ; principalement en mettant l’accent sur ceux qui y participent, sur les conditions de déroulement du processus et quand doivent-ils être pris en considération. En outre, l’inclusion, la transdisciplinarité ainsi que la reconnaissance et la justice procédurale sont des solutions fondamentales pour cette question. La deuxième porte sur la mobilisation et l’allocation des ressources financières. D’un côté, la question qui devrait contribuer le plus aux efforts de mobilisation, ainsi qu’à une meilleure transparence et quantification de ce partage, se pose et reste controversée. De l’autre côté, l’allocation à l’aide environnementale ? peut aujourd’hui porter préjudice aux pays à faible revenu et à ceux qui auraient également du mal à gérer efficacement les fonds reçus. La troisième question offre une vue d’ensemble des conséquences sociales des stratégies qui visent initialement à lutter contre la perte de la biodiversité en abordant deux approches: l’intensification de la conservation par zone et l’intégration de la justice et de l’équité dans la gouvernance transformatrice. D’une part, il est nécessaire de prendre en compte les exigences humaines et les préoccupations non-humaines pour converger vers une justice écologique, mais il est également pertinent d’appréhender de meilleures solutions pour une gestion plus équitable des zones protégées, tant en termes de pouvoirs que d’injustices. D’autre part, les auteurs proposent quelques types de mesures afin de limiter tant bien que mal et sans autre alternative les impacts d’une mise en œuvre de conservation, tel que les subventions, sur les groupes marginalisés.
Pour finir, les auteurs suggèrent un certain nombre de recommandations politiques issues des différentes sections du chapitre afin de promouvoir au mieux la justice dans la gouvernance transformatrice de la biodiversité à diverses échelles géographiques, temporelles et spatiales. En définitive, les principaux arguments avancés sont que la profondeur, l’échelle et l’urgence du changement exigent une attention à la justice, renforcent le besoin d’une compréhension de la justice multidimensionnelle et soulignent l’importance de garantir la justice pour les groupes vulnérables et plus marginalisés.
Discussion avec Brendan Coolsaet
Nous avons décidé d’établir nos commentaires de la manière la plus interactive possible afin d’avoir des réponses après chaque question de la part de Brendan Coolsaet ( méthode « ping-pong »). La structure de notre discussion a facilité la compréhension des réponses de l’intervenant. Nous avons été agréablement surpris de constater que cela a suscité un grand nombre de questions de la part des étudiants, cela a permis d’approfondir certains points.
L’organisation de la discussion s’est divisée en cinq parties afin que chaque personne puisse interagir avec Brendan Coolsaet.
La première partie de notre discussion a été portée sur la structure qui nous a paru claire et pertinente. Nous avons souligné la longueur de l’introduction, qui aurait pu, selon nous, être plus concise. Néanmoins, cela aide à cerner l’article et les notions qui y étaient abordées. Nous avons témoigné une appréciation favorable envers l’approche systémique et pluraliste employée tout au long de l’article, ainsi cela permet au lecteur d’élargir sa vision face aux thèmes abordés dans l’article. Ensuite, nous avons interrogé l’auteur sur son utilisation du terme « justice » dans le texte, qui est utilisé comme un raccourci pour parler à la fois de justice et d’équité. Lorsque nous avons posé la question à Brendan Coolsaet, celui-ci nous a expliqué que cette décision avait été prise collectivement avec les autres auteurs/autrices du chapitre et que les articles recensés ne faisaient également pas la distinction. Cependant, il a ajouté que personnellement, il aurait préféré que les deux termes soient référés de manière plus distinctes. La fusion ou la séparation des termes « justice » et « équité » dans le contexte de la justice environnementale fait souvent débat.
La seconde partie s’est portée sur la méthodologie optée lors de la rédaction de l’article ; nous approuvons le cadre spatio-temporel choisi, néanmoins une question est ressortie de notre lecture : « Quels sont les dispositifs qui pourraient être mis en place incluant la communauté mondiale ? ». Si l’idée sous-jacente à ce questionnement est que la communauté mondiale soit représentée par certaines personnes, en quoi serait-elle différente de la démocratie ? La réponse apportée indique que les individus pourraient, effectivement, être subrogées par des représentants, et que cette idée s’inscrit dans le cadre d’une arène démocratique similaire à celle du parlement. Pour représenter adéquatement les populations autochtones, il est nécessaire de permettre l’accès à des acteurs non-étatiques, de rendre l’espace plus inclusif et de procéder à une identification des enjeux et des jeux de pouvoir afin de mieux les contrer. Il convient également d’identifier les personnes vulnérables ou marginalisées et de procéder à des analyses différenciées pour évaluer les impacts de manière précise, notamment en précisant les personnes concernées et leur degré d’implication. Il est donc impératif de fournir des explications claires sur les personnes touchées et les mesures à prendre pour les représenter de manière équitable. Il convient de souligner que l’objectif de l’article ne visait pas à fournir des exemples concrets, étant donné que de tels mécanismes ne sont pas encore parfaitement établis. Cependant, la démocratie représentative est considérée comme un bon point de départ pour avancer dans cette direction. Les personnes plus vulnérables seraient également comprises dans ce mode de gouvernance.
Subséquemment, nous avons abordé la question de la légitimité de représenter les générations futures et des multi-espèces dont les non-humains. Le retour de Brendan Coolsaet a été que l’article avait été écrit dans le cadre de divers longs travaux et que cela n’en était qu’une partie. Son article se voulait descriptif et inclusif sans pour autant évoquer une gouvernance type à adopter.
En outre, nous avons souligné la pertinence des différents termes utilisés pour parler de justice de la biodiversité. Le fait que le terme « justice climatique » n’est pas été explicité comme les autres termes dans l’article nous a surpris étant donné que celui-ci est régulièrement repris dans divers travaux, ouvrages ou encore mouvements sociaux. En effet, Brendan Coolsaet aurait pu ajouter ce terme à son travail, il n’a pas objecté concernant cette remarque. Cependant, c’est un mouvement économique avant d’être un mouvement politique.
La discussion s’est clôturée avec un retour global concernant l’absence d’illustrations concrètes de l’article. Elles nous auraient permises d’avoir une idée plus concrète de la gouvernance transformatrice ainsi que des éléments clés pour y parvenir. Néanmoins, une tendance s’est quand même dégagée en pointant le succès déjà éprouvé de la conservation de la biodiversité par des personnes locales aux problèmes environnementaux.
Pour conclure, nous avons quelques questionnements concernant certains termes utilisés dans l’article ou encore sur l’aspect concret des moyens à mettre en place pour amener ce genre de gouvernance. En outre, nous avons ressortis une série de critiques et d’avis positifs sur l’analyse du chapitre de ce livre.
S’informer sur la justice environnementale
Alvarez, L. et Coolsaet, B. « Decolonizing environmental justice studies : a latin american perspective », In : Capitalism, Nature, Socialism, no. 31, p. 50-69 (Décembre 2018) DOI : 10.1080/10455752.2018.1558272
Celermajer D., Schlosberg, D., Rickards, L., Stewart-Harawira M., Thaler, M., Tschakert P., Verlie B. et Winter C. « Vers une justice multi-espèces : cadre théorique, enjeux et programme de recherche pour les théories et politiques environnementales », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 12, n°3 (Décembre 2021). DOI : https://doi.org/10.4000/developpementdurable.19793
Coolsaet D. « Vers un partage équitable des avantages de la richesse génétique
mondiale? », Dynamiques Internationales, Vol. WorkingPaper, no. 4, p. 1-22 (Décembre 2011) http://hdl.handle.net/2078.1/110453
Deldrève V., Lewis N., Moreau S. et Reynolds K. « Les nouveaux chantiers de la justice environnementale », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 19 Numéro 1 (Mars 2019). DOI : https://doi.org/10.4000/vertigo.24863
Mayfroidt, P., et al. (2022d). « Ten facts about land systems for sustainability », Proceedings of the National Academy of Sciences, 119(7). DOI : https://doi.org/10.1073/pnas.2109217118
Références
Barbier C. « Brendan Coolsaet, transition écologique rime avec justice environnementale. » FNRS News (en ligne), volume 126 (octobre 2022). https://www.frs-fnrs.be/fb/126/Brendan-Coolsaet.pdf